Comptage d'oiseaux d'eau sur les bords du Rhin - Photo Jean-Marc BronnerComptage d'oiseaux d'eau sur les bords du Rhin - Photo Jean-Marc BronnerChaque année au mois de janvier, l’ensemble des zones humides d’Europe (baies, estuaires, zones humides littorales, plaines alluviales, fleuves, plans d’eau, marais, deltas et carrières en eau) sont arpentés par des ornithologues qui dénombrent l’ensemble des oiseaux d’eau : c’est le comptage international d’oiseau d’eau « Wetlands  », qui a débuté pour la première fois en 1967, d’abord sous les auspices du BIRS (Bureau International de Recherche sur la Sauvagine), puis du BIROE (Bureau International de Recherche sur les Oiseaux d’Eau et les Zones Humides) et enfin, de Wetlands International.

 

Ce gigantesque comptage mobilise chaque année des milliers d’ornithologues amateurs ou professionnels et permet d’identifier les principaux sites d’hivernage, sites d’étape importants pour de nombreuses espèces. A la seule échelle de la France, le flux annuel des oiseaux d’eau hivernant sur l’ensemble des zones humides représente en moyenne 2,5 millions de canards, oies, foulques, mouettes et autres grèbes.

 

La coordination du comptage annuel
des oiseaux d'eau
est possible grâce au soutien d'EDF

 


Pourquoi compter les oiseaux d’eau ?

L’estimation de la taille des populations de chaque espèce d'oiseaux d'eau constitue un des objectifs de ces comptages : les données collectées alimentent les banques de données nationale et internationale de Wetlands International, mais aussi notre base régionale, permettant d’évaluer les tendances des effectifs, ainsi que la distribution des populations et leurs évolutions.

 

Par ailleurs, ces comptages fournissent des informations sur l’importance relative des sites Nette rousse (mâle) - Photo Jean-Marc BronnerNette rousse (mâle) - Photo Jean-Marc Bronner
d’hivernage. Ces informations sont essentielles à l’identification des sites prioritaires pour la conservation, notamment par l’application de seuils numériques sur le nombre d'oiseaux présents :  ce sont les critères dits de « Ramsar » qui contribuent à identifier les Zones Importantes pour la Conservation des Oiseaux (ZICO). Dans l’Union Européenne, ces zones ont vocation à être désignées en Zones de Protection Spéciales (ZPS) au titre de la Directive Oiseaux de 1979, et gérées de manière adéquate pour permettre le maintien des populations d’oiseaux qui ont justifié leur classement.

Les données de comptage sont donc à la base de l’inventaire du réseau des sites ornithologiques majeurs à protéger en priorité.

 

 

 


En Alsace

A l’échelon régional, les premiers comptages ont été réalisés au début des années 1970 dans le Haut-Rhin (Ligue haut-rhinoise pour la Protection des Oiseaux), puis étendus à compter de 1976 à l’ensemble du cours du Rhin entre Bâle et Lauterbourg (Centre d’Etudes Ornithologiques d’Alsace, aujourd'hui groupe scientifique de la LPO Alsace), sous l'égide de Wetlands International.

A la mi-janvier de chaque année et durant tout un week-end, une centaine de volontaires de la LPO Alsace arpentent le Rhin de Lauterbourg à Bâle, mais aussi les sites extra-rhénans (gravières, rivières, marais et plans d’eau) et notent méthodiquement toutes leurs observations, qui concernent une cinquantaine d’espèces d’oiseaux d'eau.

De par son statut frontalier, le cours du Rhin constitue un site à part dans le paysage français : en effet, les associations voisines du pays de Bade comptent également les mêmes secteurs, et durant plusieurs années, le réseau de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) assurait également ses propres comptages. Depuis 2011, l'ONCFS met à disposition quelques agents pour le comptage Wetlands, qui sont, soit intégrés aux équipes LPO, soit assurent seuls la couverture de l'un ou l'autre sous-secteur rhénan. Toutes ces données sont confrontées, dans la mesure du possible, à l’échelon régional, avant transmission à Wetlands International.

 

Très rapidement, les comptages ont mis en évidence que la vallée du Rhin (Rhin et zones humides attenantes) est un site d’hivernage majeur pour les oiseaux d’eau, puisque après la Camargue, il s’agit du plus important de l’hexagone. Plusieurs espèces y dépassent le seuil de 1% des effectifs totaux de leur aire d’hivernage, élevant le Rhin franco-allemand au rang de zone humide d’importance internationale, selon les critères de la convention de Ramsar.

En 2013, la LPO Alsace et les associations badoises de la FOSOR (1) et de l'OAG Karlsruhe (2) ont été sollicitées par les instances Ramsar locales pour étudier la possibilité d'effectuer ensemble le comptage du cours du Rhin transfrontalier. Après concertation, les trois partenaires se sont mis d'accord pour mettre en place une nouvelle organisation des comptages dès janvier 2014, ces derniers étant désormais effectués en commun. Grâce à cette coopération transfrontalière exemplaire, il est dorénavant possible de fournir un résultat unique, cohérent et fiable des effectifs hivernants rhénans à Wetlands International, mais aussi aux instances Ramsar nationales pour le site RAMSAR du "Rhin supérieur - Oberrhein". Pour plus d'informations sur la zone RAMSAR du Rhin supérieur, les comptages transfrontaliers, et les résultats des comptages d'oiseaux d'eau hivernants pour cette zone, voir l'article consacré à ce sujet.

 

            (1) Fachschaft für Ornithologie Südlicher OberRhein
             (2) Ornithologische ArbeitsGemeinschaft Karlsruhe

 


Quelques données chiffrées

Cygne tuberculé et grèbe jougris (plumage d'hiver) - Photo Jean-Marc BronnerCygne tuberculé et grèbe jougris (plumage d'hiver) - Photo Jean-Marc Bronner
Durant la dernière décennie, chaque hiver, entre 50 000 et 90 000 oiseaux d’eau ont été comptabilisés dans la vallée du Rhin. Tout en restant significatifs, ces chiffres sont en baisse par rapport à ceux des comptages initiaux, où l’on atteignait régulièrement des totaux de 100 000 oiseaux en janvier au cours des années 70 et 80.

Les oies hivernantes sont également dénombrées. Les résultats sont présentés dans les actions par espèce.

Remercions ici le travail considérable de tous les bénévoles, fidèles au rendez-vous de janvier depuis de nombreuses années. Sans eux, aucun projet de conservation ou de précision sur le statut d’espèces peu connues n’aurait été possible.

 

 


Chacun peut participer à ce grand comptage annuel : il suffit d’être motivé et d’avoir quelques connaissances sur l’identification des oiseaux d’eau. Dès l’automne, vous pouvez contacter les coordinateurs régionaux pour vous porter volontaires.

Vos contacts :

Bas-Rhin :
Christian Frauli
Coordination Wetlands
Tél. : 06 86 08 34 72
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Haut-Rhin :
Laurent Waeffler
Refuges LPO - Coordination Wetlands
Tél. : 03 88 22 07 35
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Les bilans annuels

Synthèse et comparatifs

 Périodes  Moyenne
2001-2009
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017
Sites rhénans 54158 57598 60525 56400 44978 44291 41169 37943 42456
Sites extra-rhénans 13866 18104 24435 27759 31803 24590 24312 23037 25523
Total toutes espèces 68024 75702 84960 84159 76781 68881 65481 60980 67979
Total anatidés et foulques - - - - - - 58819 54878 60081
Tendance (par rapport à l'année
précédente)

 

Comptage de janvier 2017

Le comptage d’oiseaux d’eau hivernants « Wetlands international 2017 » a pu être réalisé grâce à la mobilisation de 78 compteurs bénévoles du réseau LPO (dont 8 salariés LPO), avec la participation de 9 agents de l’ONCFS (3 dans le Haut-Rhin et 6 dans le Bas-Rhin), de 7 bénévoles de l’A.P.O.E. de Hegenheim, et bien sûr en collaboration avec les collègues badois de la F.O.S.O.R. (30 compteurs) et de l’O.AG Karlsruhe (6 compteurs). Quelques nouveaux volontaires ont soit formé une nouvelle équipe, soit été intégrés dans différentes équipes de compteurs chevronnés. La totalité du cours du Rhin a pu être couverte, ainsi que 130 sites extra-rhénans, sur les 143 sites identifiés à ce jour ; parmi ces 130 sites, 17 étaient partiellement ou complètement pris par le gel.

Comme les trois hivers précédents, le comptage rhénan a été effectué en collaboration avec les associations badoises de la F.O.S.O.R. (de Huningue à Gambsheim) et de l’OAG Karlsruhe (au N de l’embouchure de la Murg).

 

En plus des 60 081 anatidés & foulques comptabilisés sur les 22 secteurs rhénans et l’ensemble des sites extra-rhénans recensés, ont également été comptabilisés :

  • 4 352 autres oiseaux d’eau (plongeons, grèbes, cormorans), ainsi que 3 489 ardéidés, rallidés, limicoles, laridés et passereaux remarquables liés aux milieux aquatiques
  • 57 anatidés échappés de captivité.

 

Voici le TOP 3 des espèces en janvier 2017 :

1.    le canard colvert : 24 148 ind. (en légère hausse par rapport à 2016)
2.    le fuligule morillon : 10 817 ind. (effectif stable par rapport à 2016)
3.    la foulque macroule : 5 326 ind. (en légère hausse par rapport à 2016)

 

Quelques faits marquants du comptage :

Effectifs en très forte hausse pour le canard chipeau (5 222 ind.), le harle bièvre (1 328 ind.) et le tadorne casarca (427 ind.) ; effectifs en hausse pour le canard siffleur, la sarcelle d’hiver, le canard colvert, le fuligule milouin, le harle piette (98 ind.), la foulque macroule, le grèbe huppé et la gallinule poule d’eau ; effectifs stables pour le fuligule morillon et le garrot à oeil d’or ; par contre, légères baisses pour le cygne tuberculé et la nette rousse.


L’effectif régional de cygnes chanteurs était de 142 individus à la mi-janvier. Côté « raretés », citons également la présence de 1 fuligule nyroca, 25 fuligules milouinans, 3 hareldes boréales, 21 macreuses brunes, 1 harle huppé, 5 plongeons (1 arctique, 2 catmarins et 2 imbrins) et 2 grèbes esclavons.

Concernant les espèces férales*, elles sont une fois de plus en augmentation sensible (bernache du Canada), voire très forte (ouette d’Egypte ; tadorne casarca, notamment dans le sud du Haut-Rhin) !

           * : se dit d’une espèce animale domestique ou captive qui est retournée à l’état sauvage et que l’on peut observer dans la nature.

 

 

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