Présentation des espèces

Les pies-grièches grise et à tête rousse sont des passereaux de taille modeste, avec une tête relativement importante par rapport au corps. Les deux espèces possèdent un bec massif fortement crochu qui leur permet de dépecer ou décortiquer leurs proies, qui sont au préalable empalées sur une épine ou un fil de fer barbelé.

Pie-grièche grise - Photo Vadim HeuackerPie-grièche grise - Photo Vadim Heuacker
La pie-grièche grise est un migrateur partiel, dont la population la plus importante niche en Europe du Nord et qui est quasiment sédentaire en Alsace. La pie-grièche à tête rousse est quant à elle un migrateur transsaharien, qui vient nicher en Alsace à partir du mois de mai.

La pie-grièche grise fréquente les milieux semi-ouverts, composés de prairies, de pâturages, de bosquets et de vergers, et construit son nid aussi bien dans des buissons que dans des arbres de haute taille. Son régime alimentaire se compose à 95% de micromammifères (majoritairement de campagnols). Elle peut compléter son alimentation par des passereaux, des lézards ou des amphibiens.

 

La pie-grièche à tête rousse se nourrit presque exclusivement d’insectes : coléoptères, orthoptères, hyménoptères, lépidoptères… capturés en vol ou au sol. Quelques escargots ou lombrics peuvent compléter son menu. Dans nos régions, elle fréquente essentiellement les vergers pâturés, avec une préférence, comme support pour son nid, pour les poiriers, les pommiers ou les quetschiers ; la présence du bétail dans ce type de vergers à hautes tiges traditionnel permet, d'une part, le maintien d'une plus grande diversité de proies, d'autre part, l'"entretien" naturel d'une herbe rase, ce qui favorise la recherche et la capture des proies.

Statut

Les deux espèces sont protégées par l’arrêté ministériel du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l’ensemble du territoire et les modalités de leur protection (abrogation de l’arrêté ministériel modifié du 17 avril 1981) et sont inscrites en annexe 2 de la convention de Berne.

Au niveau de la Liste Rouge en Alsace, la pie-grièche grise figure dans la catégorie des espèces « Rares » et la tête rousse dans la catégorie « En danger » (ODONAT, 2003).

 


Population / Effectifs

Les deux espèces connaissent une forte baisse de leur population en Alsace.

La pie-grièche grise est surtout une espèce d’Europe septentrionale et centrale. Un déclin modéré a été constaté entre 1970 et 1990 et concerne la plupart des pays d’Europe. Entre 1990 et 2000, les populations en déclin sont surtout localisées en Europe occidentale. En France, l’espèce est en régression depuis plus d’un siècle, mais c’est à partir des années 1960 que le déclin s’est affirmé. En 2009, une nouvelle enquête a montré une diminution dramatique des effectifs montrant qu’en 15 ans, l’effectif français s’est réduit des trois quarts.

Pie-grièche à tête rousse - Photo Jean-Marc BronnerPie-grièche à tête rousse - Photo Jean-Marc Bronner
En Alsace, la pie-grièche grise niche depuis longtemps. Au 19ème siècle, elle est signalée en de nombreux endroits, notamment dans les rieds, les vergers et le Sundgau où elle n'est pas rare. Puis les populations ont régulièrement chuté, l’oiseau désertant complètement certains secteurs. Une régression forte et continue affecte la population régionale depuis les années 1970. La situation s’est accélérée ces dernières années et depuis 1998, l’Alsace a perdu 70 à 80 % de ses effectifs, aujourd’hui surtout localisés dans le nord-ouest du Bas-Rhin.

 

La pie-grièche à tête rousse, d’affinité méditerranéenne, connaît une situation encore plus dramatique, avec un déclin à l’échelle européenne à partir de années 1970. En France, une forte régression a même été constatée dès les années 1960. En Alsace, l’espèce était bien présente et au 20e siècle, elle ne semblait pas rare autour de Strasbourg ni de Colmar, puis sa population a suivi la tendance nationale. Au milieu des années 1980, l’enquête ne montrait plus que 4 secteurs où l’espèce était présente, avec au plus 60 à 90 couples. La situation s’est sensiblement dégradée depuis. Aujourd’hui, tous ses effectifs se cantonnent au nord-ouest de l’Alsace avec une population totale de 15 à 25 couples. En deux décennies, elle aura ainsi diminué de près des 3/4 de ses effectifs.

Les menaces

Les deux pies-grièches sont des oiseaux typiques de milieux agricoles extensifs semi-ouverts. L’entretien régulier des paysages qu’elles fréquentent, notamment en période de reproduction, est un paramètre indispensable à leur survie. Elles répondent en effet rapidement aux modifications de leurs biotopes et aux changements des pratiques d’exploitation. Elles sont de ce fait très menacées par les multiples dégradations des paysages agricoles traditionnels : disparition des vergers due au développement de l’urbanisation, intensification des pratiques agricoles (disparition des haies, prairies et pâturages ; utilisation de pesticides), abandon des vergers… A cela s’ajoutent les dérangements liés aux activités de loisir. La protection et la restauration des biotopes paraissent donc indispensables et urgentes à la conservation de ces oiseaux.

 

 

 


Un plan d’actions en faveur des pies-grièches

 Pour enrayer ce déclin un plan national d’actions a été initié en 2011, et une déclinaison régionale a été rédigée par la LPO Alsace suite à une proposition de la DREAL Alsace.

Les enjeux de ce plan de conservation régional sont :

  • l’amélioration des connaissances (répartition et effectifs des deux espèces, états de conservation des biotopes, causes de régression…)
  • la conservation et la restauration des biotopes
  • la sensibilisation des acteurs concernés et du grand public (promouvoir l’agriculture extensive…)

La durée du plan est fixée à 5 ans et un bilan final, précédé de synthèses intermédiaires, devra être établi au terme de cette période.