Une baisse temporaire du niveau du Rhin a permis à de nombreux oiseaux migrateurs de faire une halte lors de leur migration d’automne pour reprendre des forces. Un exemple qui confirme le manque cruel de milieux favorables à ces espèces dans notre région.

 



 

Plan d'eau de Plobsheim lors des travaux - Photo Nicolas HoffmannPlan d'eau de Plobsheim lors des travaux - Photo Nicolas Hoffmann

 

L’intérêt du Rhin et de ses annexes pour les oiseaux d’eau hivernants est bien connu des ornithologues alsaciens. Mais il s’agit essentiellement d’oiseaux stationnant sur l’eau (canards, grèbes, plongeons...), et paradoxalement, notre région n’offre que peu de possibilités d’alimentation aux oiseaux migrateurs fréquentant les zones de battement entre l’eau libre et les berges, c'est-à-dire principalement aux limicoles. Ceci est dû à l’artificialisation du Rhin : l’endiguement du fleuve a mis fin aux variations de niveau d’eau qui autrefois mettaient à nu périodiquement les hauts-fonds et les nombreuses portions de berges en pente douce et dégageaient ainsi des bancs de gravier ou des vasières favorables à ce type de migrateurs.

 

 

 

 

Becasseau de Temminck - Photo Nicolas HoffmannBecasseau de Temminck - Photo Nicolas HoffmannDe récents travaux sur le Rhin ont pourtant confirmé l’intérêt potentiel du fleuve pour ces espèces, et ceci à un niveau auquel on ne s’attendait peut-être pas.

 

En effet,  du 18 au 24 septembre dernier, EDF a procédé à un abaissement du niveau d’eau dans les biefs (parties du fleuve situées entre deux installations hydroélectriques) de Strasbourg, Gerstheim, Rhinau et Marckolsheim, avec des baisses de niveau allant jusqu’à 1 m. Cette opération avait pour but de permettre à EDF de se livrer à des inspections des digues du Rhin, en application d’un accord franco-allemand portant sur l’entretien des digues du fleuve, comportant un contrôle triennal de celles-ci.

 

 

 

Chevalier aboyeur - Photo Christian FrauliChevalier aboyeur - Photo Christian FrauliLe plan d’eau de Plobsheim se situait dans le périmètre de ces travaux, qui y ont dégagé de vastes vasières, et ceci durant près d’une semaine, en tenant compte du temps nécessaire au retour à des niveaux d’eau « habituels ». L’impact de ces travaux sur l’avifaune migratrice ne s’est pas fait attendre : en quelques jours, ces milieux si rares à l’heure actuelle en Alsace ont accueilli une variété impressionnante d’espèces, tout à fait inhabituelle dans notre région.  Ces oiseaux ont ainsi pu profiter pleinement des ressources alimentaires devenues accessibles à cette occasion ; les vasières regorgent en effet de crustacés, de larves, de vers et d’insectes aquatiques, très prisés par eux.

 

 

Au total, ce sont 20 espèces de limicoles qui ont pu être observées au plan d’eau de Plobsheim durant ces quelques jours, parmi lesquelles certaines sont peu communes dans notre région : bécasseau cocorli, bécasseau de Temminck, pluvier argenté ou encore le très rare phalarope à bec étroit (voir ci-après la liste complète). D’autres espèces ont profité de ce phénomène ; citons par exemple le stationnement d'un balbuzard, la présence en nombre de bergeronnettes grises et printanières (une trentaine environ), de grandes aigrettes, d'une aigrette garzette ainsi que des canards souchets (environ 80 ! ).

Liste des limicoles observés

 

Espèces Nb Espèces Nb
Barge rousse 2 Chevalier gambette 5
Bécasseau cocorli 1 Chevalier guignette 4
Bécasseau de Temminck 1 Chevalier sylvain 1
Bécasseau minute 1 Combattant varié 5
Bécasseau sanderling 2 Courlis cendré 6
Bécasseau variable 19 Grand gravelot 18
Bécassine des marais 4 Petit gravelot 2
Chevalier aboyeur 6 Phalarope à bec étroit 1
Chevalier arlequin 1 Pluvier argenté 1
Chevalier culblanc 4 Vanneau huppé 2

 

La rapidité avec laquelle cette grande diversité de limicoles a adopté ce nouveau milieu s’offrant à eux est un exemple de plus de l’intérêt du Rhin en tant que couloir de migration ; elle met également l’accent sur le manque de ce type de milieux dans notre région. Se pose ainsi une nouvelle fois la question du maintien d’un tel écosystème de façon permanente, qui ne dépendrait pas de l’intervention humaine… Rappelons que la LPO Alsace a proposé aux responsables du projet d’aménagement du « Tournant du Rhin » la réalisation d’aménagements en ce sens au plan d’eau de Plobsheim.

Nombreux furent les oiseaux qui ont profité du phénomène - Photo Nicolas HoffmannNombreux furent les oiseaux qui ont profité du phénomène - Photo Nicolas Hoffmann

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Barges rousses - Photo Jean-Marc BronnerBarges rousses - Photo Jean-Marc Bronner

 

 

Le Rhin a attiré l’attention des ornithologues à la même période pour un autre phénomène, celui-ci plus naturel : la présence sur les digues faiblement végétalisées d’un couple de barges rousses, visiteurs certes réguliers mais également peu courants dans la région. Cette observation montre que l’espèce, qui préfère longer la côte atlantique lors de sa migration, peut également trouver des conditions favorables dans le couloir migratoire offert par la vallée du Rhin puis du Rhône.

 

 

 

 

Le Rhin, qui fait partie des sites RAMSAR depuis 2008, vient une fois de plus de prouver à quel point sa présence compte dans la préservation de la biodiversité.