Présentation de l'espèce

Dans la famille des corvidés, la pie bavarde est impossible à confondre avec un autre oiseau : son plumage noir et blanc et sa longue queue étagée à reflets métalliques sont caractéristiques. La pie est bavarde : elle manifeste volontiers sa présence en toutes saisons par des jacassements parfois tapageurs. Elle est attirée par les objets brillants qu'elle récupère pour garnir son nid ; aussi dit-on que la pie est voleuse !

La pie bavarde est sédentaire et les déplacements erratiques n'excèdent pas quelques dizaines de kilomètres. Le couple défend son territoire de nidification durant la belle saison mais, en hiver, les oiseaux sont plus sociables et se réunissent en dortoirs de quelques dizaines d'individus, voire jusqu'à 100 ou 150 individus comme en Petite Camargue Alsacienne.

C’est un oiseau des campagnes : elle se plaît dans les zones de cultures avec des haies, des grands arbres et des cours d'eau. Elle colonise aussi les villages et les grandes villes. En revanche, elle évite les forêts et les régions montagneuses. La pie bavarde est une opportuniste qui s'installe partout où elle trouve un site de nidification et de quoi subvenir à ses besoins.

Pie bavarde - Photo LPO AlsacePie bavarde - Photo LPO AlsaceLe nid est le plus souvent construit à la cime des arbres, mais parfois également dans un buisson. Sa particularité est qu’il est équipé d'un toit. Un second nid, souvent à l'état d'ébauche, est parfois construit non loin du domicile principal, à quelques dizaines de mètres. La ponte est déposée entre mi-avril et mi-mai. Les vieux nids de pie sont régulièrement utilisés par le hibou moyen-duc pour y élever sa progéniture.

L’espèce se nourrit surtout d'insectes et de larves, tire partie des animaux victimes des routes, et fréquente volontiers les tas de compost et les dépôts d'ordures. Elle peut ausi consommer les nichées de petits passereaux, voire de colombidés ou de gallinacés, et s'attire bien des inimitiés pour cette raison.


Statut juridique

La pie bavarde est considérée comme une espèce gibier, chassable du 23/8 au 1/2. Elle est classée nuisible dans les départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin.


Population et menaces

La pie bavarde est largement répandue dans toute la plaine d'Alsace. La colonisation de certaines vallées vosgiennes est récente, mais l'espèce est quasiment absente des crêtes, sauf ponctuellement (observée jusqu'à 1100 m au Lac Blanc et au col de la Schlucht).

Les pies peuvent être mal vues en raison des destructions de nichées de petits passereaux. En fait, c’est un prédateur d'oiseaux au même titre que l'épervier ou d'autres animaux carnivores, y compris le chat domestique. Plusieurs études anglaises et allemandes démontrent qu'il n'y a pas de corrélation entre les densités de passereaux, la réussite de leur reproduction et les densités de pies bavardes. Ainsi, la pie ne peut pas être considérée comme un danger réel pour les populations de petits passereaux.


Etudes

Connue de tous, la pie bavarde vit à proximité de l'homme et de ses cultures. Elle semble abondante, mais ses effectifs sont en fait mal connus et l'espèce serait en régression en France. C’est pourquoi la LPO Alsace a choisi la pie bavarde comme «Oiseau de l’année» en 2003.

La méthode reste la même que pour les autres enquêtes : chaque observateur se réserve une ou plusieurs communes. Il parcourt l’ensemble du ban communal tout au long de la saison de nidification, principalement de mars à juillet. Plusieurs sorties sont nécessaires pour repérer tous les couples cantonnés.

L’enquête a permis de préciser la répartition et de quantifier la population de l’espèce dans 110 communes alsaciennes, totalisant 554 km² de milieux ouverts et bâtis favorables à l'espèce. Facile à détecter, la pie est moins banale qu’on ne l’imaginait : 603 couples ont été repérés et la population a été évaluée à 810 couples nicheurs. A partir de ces dénombrements, l'estimation de la population régionale est comprise entre 4500 et 6000 couples.

Les plus fortes densités ont été rencontrées dans la région de Strasbourg, ainsi que dans les Vosges moyennes. Comparée à d’autres régions, la densité globale de l’Alsace (1,5 couple par km² de milieux favorables) est plutôt faible, du fait sans doute de pratiques agricoles intensives et de la destruction volontaire de l'espèce.

Actuellement, la plupart des milieux fréquentés par la pie bavarde en Alsace sont anthropisés : cultures avec arbres isolés, abords des villes et villages. Il a été noté une désertion progressive des campagnes et une concentration dans les zones bâties. Un recensement effectué sur une surface de 60 km² à Strasbourg, a permis de montrer un quasi-doublement de la population sur cette zone en l’espace de 13 années. Cette redistribution s'explique probablement par l'effet protecteur des habitations humaines contre la corneille noire et les destructions volontaires (tir, piégeage), et par la disponibilité de nouvelles sources de nourriture. Cela montre aussi que, contrairement à d’autres espèces qui ont régressé suite à la modification de leur habitat, la pie a su s'adapter aux changements. A une exception près, tous les nids sont installés sur des arbres, plutôt des feuillus (80%) que des résineux (20%). Les nids sont construits majoritairement en zone urbanisée, sinon en bordure des villages ou à proximité de bâtiments isolés. Le nombre moyen de jeunes à l’envol est de 2,4 (n = 60).

Mais rien ne prouve que cette espèce n'ait pas pâti de l’intensification et de la banalisation de l’agriculture, et notamment d'une baisse de la disponibilité alimentaire pour cet oiseau se nourrissant à 94,2% d'invertébrés, dont 86% d'insectes.

L’enquête de 2003 sera à reconduire dans une dizaine d’années afin d’apporter des informations pertinentes sur l’évolution de la population de pie bavarde en Alsace.