Suivre la nidification, en direct, d'un couple de faucons pèlerins (2017)

Présentation de l’espèce

Rapace prestigieux, le faucon pèlerin est depuis plusieurs décennies un des symboles de la protection des oiseaux, et des rapaces en particulier. Cet oiseau a la taille d'un gros pigeon, avec une envergure toutefois plus importante (1m environ). Il fréquente les régions montagneuses boisées et les régions plus ouvertes (grandes plaines cultivées, plateaux, vallées), les marais et les villes durant l'hiver. Il niche dans les parois rocheuses, parfois sur des bâtiments élevés des grandes villes. Le faucon pèlerin est spécialisé dans la prédation des oiseaux petits et moyens qu'il attaque généralement en exécutant des piqués à grande vitesse et qu'il saisit en plein vol. Son seul véritable prédateur est le grand-duc d'Europe.

Statut juridique et liste rouge

Le faucon pèlerin est protégé en France, comme tous les rapaces, et il est inscrit à l'Annexe I de la Directive Oiseaux. Il figure sur la Liste Rouge des oiseaux nicheurs d’Alsace en catégorie "Vulnérable".

 


Evolution des effectifs

Photo Yves MullerPhoto Yves MullerEn France, la population est estimée à 1000 - 1400 couples nicheurs (enquête nationale LPO sur les rapaces, 1999-2002).

Dans le massif vosgien, comme ailleurs en France, le dénichage et l’intoxication par les pesticides agricoles ont provoqué une chute dramatique de la population dans les années 1960-1970. En 1976, il ne restait plus que 8 couples dans l’ensemble du massif vosgien, qui n’élevèrent que 9 jeunes. La situation fut pire encore en 1978, puisque aucun jeune ne prit l’envol. Suite à la protection totale des rapaces, à la réglementation de l’utilisation des pesticides en Europe et aux campagnes de surveillance et de sensibilisation, les populations ont commencé à progresser à partir du milieu des années 1980. En outre, chaque site du massif vosgien occupé par le faucon pèlerin et exposé aux dérangements, voire au pillage par des fauconniers, était surveillé en permanence par des bénévoles du Fonds d’Intervention pour les Rapaces Alsace. Des démarches ont ensuite été menées pour la mise en place d’une protection réglementaire sur les sites de reproduction et plusieurs d’entre eux font maintenant l’objet d'un Arrêté Préfectoral de Protection de Biotope ou font partie d'une Réserve Naturelle. En parallèle, une sensibilisation a été menée auprès des usagers des milieux rupestres (grimpeurs, varapeurs) et d'une manière générale, du grand public, sur le rôle des rapaces et des prédateurs .

 

Bilan 2016

 

La saison de reproduction dans le massif vosgien a été très mauvaise pour le faucon pèlerin en 2016. Sur 57 couples suivis, 45 couples reproducteurs ont été recensés. Parmi ceux-ci, 22 couples seulement ont produit 49 jeunes à l'envol, chiffres les plus bas depuis plusieurs années. Le nombre de territoires occupés et de couples reproducteurs a diminué de près de 10% en un an alors qu'il était relativement stable précédemment. La réussite de reproduction diminue : 1,87 juvéniles/couple reproducteur en 2011, contre seulement 1,09 en 2016 ! Ceci est vraisemblablement lié au fait que le nombre d'interactions avec le grand-duc augmente avec l'expansion de cette espèce : plusieurs sites "historiques" du pèlerin ont été adoptés par le rapace nocturne, entraînant un échec de reproduction du pèlerin, et plusieurs cas de prédation de jeunes sont à signaler. D'autres couples ont été dérangés par des activités de "pleine nature" : création de points de vue, présence continue de randonneurs, ouverture de nouveaux sentiers en pleine période de reproduction, organisation d'épreuves de sports de plein air... De plus, la météorologie défavorable du printemps 2016 a sans doute provoqué des échecs de reproduction.

Des mesures de protection ont été initiées ou poursuivies sur plusieurs sites : signature avec le parc naturel régional des Ballons des Vosges d'une charte, convention sur des carrières en exploitation, travail en collaboration avec l'ONF pour préserver la quiétude des sites…

 

L'extension du faucon pèlerin observée les années précédentes en plaine d'Alsace se poursuit en 2016, avec une augmentation du nombre de sites occupés (5 nouveaux sites !) portant le nombre de territoires occupés à 20 dont 14 avec des couples reproducteurs. Mais l'année est très médiocre pour la reproduction avec 18 jeunes (pour 7 couples producteurs) et surtout 7 échecs. Aucun échec n'est documenté mais les conditions météorologiques défavorables avec des précipitations importantes ont sans doute eu un impact, notamment sur les couples nichant sur pylône (4 échecs). La progression se poursuit aussi dans l'agglomération strasbourgeoise avec 7 territoires occupés par des couples ; à noter plusieurs échecs de reproduction vraisemblablement liés à des interactions intraspécifiques liées à la forte densité surtout le long du Rhin.

Ce suivi s’est accompagné de mesures de protection : contrôle et nettoyage des nichoirs mis en place, pose de nouveaux nichoirs, concertation avec les différents acteurs sur des sites industriels pour la prise en compte de l’espèce…

 

 

 

Si vous êtes intéressés pour participer au suivi, vous pouvez contacter  :

Sébastien Didier
Coordination, suivi, études rapaces
Tél. : 03 88 22 07 35
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

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Facteurs de menace

Des menaces pèsent encore sur l’espèce :

  • problèmes de cohabitation sur certains sites avec les pratiques sportives telles que le vol libre, la varappe, la randonnée, et avec les activités touristiques diverses
  • menaces engendrées par l'apparition de nouvelles molécules chimiques et l'usage illégal de certains pesticides 
  • réaménagements économiques d'anciennes carrières jusqu’alors abandonnées et servant de site de nidification à l'espèce
  • quelques données de mortalité sont liées à l'état sanitaire des proies consommées (cas de maladies transmises par les pigeons domestiques) ou à des problèmes de destruction (tir, collision et électrocution avec le réseau électrique)
  • enfin, il n'est pas exclu que certaines nichées fassent encore l’objet de dénichage pour la fauconnerie
  • et comme rien n’est jamais acquis définitivement, signalons également que certaines associations colombophiles font pression sur le Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable pour obtenir le déclassement du faucon pèlerin de la liste des espèces protégées, jusqu'à présent heureusement en vain.

 


Etudes et protection

 

Depuis 2005, le suivi de cette espèce a été intégré au sein du programme SIBA de Suivi des Indicateurs de la Biodiversité en Alsace . En effet, le rôle de bio-indicateur du faucon pèlerin a déjà été souligné. L'impact des pesticides organochlorés a ainsi pu être démontré dans les années 1970-1975 et leur interdiction a pu être mise en place.

Mais le suivi du faucon pèlerin peut permettre d’aborder d’autres thèmes : l’état de santé des populations d’espèces-proies, l’impact des activités de plein air (varappe, vol à voile, …) sur certaines autres espèces rupestres, l’évaluation de la préservation de sites sensibles, l’évaluation de l'efficacité des campagnes de sensibilisation au rôle des rapaces, et des prédateurs en particulier.

La LPO Alsace coordonne actuellement le suivi du faucon pèlerin sur l'ensemble du massif vosgien, soit sur les 2 départements alsaciens (67 et 68), 3 départements lorrains (54, 57 et 88) et 2 départements franc-comtois (70 et 90). Participent à ce suivi plusieurs associations naturalistes : la LPO Alsace, le FRIR (Fonds Régional d'Intervention pour les Rapaces) de Franche-Comté, la LPO Franche-Comté, les groupes départementaux LPO de Lorraine, SOS Faucon pèlerin, …

Le suivi s‘effectue de la manière suivante : un premier contrôle en début de nidification (février-mars) pour s'assurer de la présence d'un couple reproducteur et de la ponte, si elle a eu lieu. Un second passage en fin de nidification (mai-juin) pour contrôler la réussite de la reproduction et connaître le nombre de jeunes volants.

Le suivi est assuré essentiellement par les ornithologues bénévoles des associations. Ce sont ainsi près d'une centaine d'observateurs qui contrôlent les aires et communiquent leurs informations chaque année. Plusieurs coordinateurs bénévoles se chargent de recueillir les informations et d'animer le réseau d'observateurs par zone géographique*.

Photo David HackelPhoto David HackelLe suivi des sites se fait grâce à des jumelles ou au télescope à l'abri de la végétation ou dans des endroits où l'espèce ne détecte pas l'observateur afin de réduire le dérangement au minimum.

Des prospections ont aussi lieu dans des zones peu suivies en période favorable : plusieurs observateurs postés sur des points d'observation fixes surveillent les allers et venues éventuels de faucon pèlerin, dans l’espoir de découvrir de nouveaux sites de nidification. Lorsque des menaces pèsent sur certains sites, des mesures de protection sont proposées aux pouvoirs publics. La LPO Alsace continue également son travail de sensibilisation auprès des usagers ou gestionnaires des sites. C’est ainsi qu’une fiche technique a été réalisée à l’attention des exploitants de l’UNICEM (Union Nationale des Industries de Carrières Et Matériaux de construction).Une exposition sur le faucon pèlerin est disponible à la LPO Alsace. Un livre dédié aux rapaces diurnes nicheurs d'Alsace est aussi disponible.

 

 

 Suivi des faucons pèlerins bagués

 

 Dans le Bade-Würtemberg (Allemagne), les faucons pèlerins sont équipés d’un nouveau système d’identification : des bagues en couleur dotés de codes, qui permettent de reconnaître des individus sans être obligé de les recapturer.

Pour la première fois depuis l'introduction du système de bagues caractéristiques en 2015 en Allemagne, un faucon pèlerin bagué en provenance du Bade-Wurtemberg a été photographié et identifié en Alsace f au Port du Rhin Nord à Strasbourg : il s’agit d’une femelle portant la combinaison caractéristique "P-BC", observée le 20 novembre 2016 par Marie-France Christophe, membre de la LPO Alsace et co-responsable du suivi des faucons pèlerins sur la région de Strasbourg. Cette femelle a été baguée le 30 mai 2015, à l’âge de 19 jours à Altbach.

Ce nouveau système permet l'identification d'un oiseau par des bagues caractéristiques, lisibles même à distance, notamment avec une longue-vue (avec grossissement de 60, la combinaison de l'anneau peut être lue à plus de 150m sans problème) ou un appareil photo doté d’un téléobjectif. Il apporte en outre des informations sur le biotope où l’oiseau est né. En effet, depuis 2015, les faucons pèlerins, qui sont bagués au stade poussin, reçoivent, en plus de la bague d’identification de l’individu (à droite), une « bague d’habitat » (à gauche), de couleur.

Ce code couleur est le suivant :

  • Rouge : parois rocheuses et carrières
  • Jaune : bâtiments (y compris les cheminées, les tours de radio et les ponts)
  • Vert : arbres
  • Noir : pylônes électriques

Les bagues d’identification individuelle présentent également une nouveauté : la première lettre ou chiffre est verticale, lisible sur toute la hauteur de la bague, les deux lettres suivantes sont écrites à un angle de 90° et peuvent être lues de bas-en-haut. La combinaison est visible deux fois sur la bague.

Ce nouveau système constitue donc une aubaine pour le suivi des faucons pèlerins et l’occasion d’échanger les données françaises et allemandes pour une vision globale des populations.

Si vous observez un faucon pèlerin ainsi bagué, merci de transmettre les informations à :

Sébastien Didier
Coordination, suivi, études rapaces
Tél. : 03 88 22 07 35
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. 

 

http://www.agw-bw.de/erster-wanderfalke-aus-dem-suedwesten-mit-kennringen-gesichtet/

 

 

(*) Les coordinateurs  :

 

Jean-Marie BALLAND (LPO Vosges) pour le département des Vosges
Denis DUJARDIN (LPO Alsace) pour les Vosges moyennes bas-rhinoises
Jean GUHRING (LPO Alsace) pour les Vosges haut-rhinoises
David HACKEL (LPO Moselle) pour la Moselle
Claude KURTZ (SOS Faucon pèlerin-Lynx) et André LUTZ (LPO Alsace - SOS Faucon pèlerin-Lynx) pour les Vosges du Nord
François REY-DEMANEUF (LPO Franche-Comté) pour le territoire de Belfort et la Haute-Saône
Marie-France CHRISTOPHE et Olivier STECK (LPO Alsace) pour les centres urbains et la plaine bas-rhinoise

La coordination globale est assurée par Sébastien DIDIER (LPO Alsace).

 

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